Mohamed Cheikh, blogueur mauritanien, avait été arrêté puis condamné à mort en 2014 après avoir publié un article dénonçant l’instrumentalisation des discriminations à l’égard de la caste des Forgerons, dont il est lui-même issu. En novembre 2017, lors de la seconde phase d’appel, sa peine a été ramenée à deux ans d’emprisonnement, qu’il avait déjà effectués, mais il a été détenu arbitrairement et au secret jusqu’au 29 juillet 2019. Depuis sa libération, il vit réfugié en Europe. En 2022, le blasphème est passible de la peine de mort dans sept pays, selon les données de l’association End Blasphemy Laws.
Chaque intervention laisse place à un temps d’échange et de réflexion pour les élèves, qui donne lieu généralement à l’expression de leur prise de conscience et de leur gratitude. Nous avons recueilli les ressentis des terminales du Lycée Diderot, suite au témoignage de Mohamed Cheick, tandis que celles et ceux du lycée Richelieu (Reuil-Malmaison) ont tenu à lui adresser des lettres. Dans certaines, on peut lire « je ne connaissais même pas le terme ‘apostasie’, parce que j’ai la chance de vivre dans un pays laïque où je suis libre de choisir ma religion », ou encore « Je n’avais pas pris conscience de la souffrance physique et psychologique que les condamné.e.s enduraient pendant leur détention ».
Des mots qui ne font que confirmer l’efficacité de l’initiative de leur professeure, Mme Merle D’Aubigné, qui a accepté de répondre à nos questions à propos de sa démarche :

C’est un sujet qui me tient à cœur depuis que j’enseigne (25 ans !) : un sujet de société très politique auquel les élèves sont sensibles et sur lequel je trouve important de déconstruire les représentations personnelles et les préjugés. L’occasion aussi de croiser histoire et littérature. Je cherche à relier le sujet à un thème d’Enseignement Moral et Civique (EMC). Cette année, avec les classes de Terminale, je suis partie de la thématique du programme, celle de la démocratie, que j’ai décliné autour de la notion de droits humains et donc du droit à la vie. Avec les élèves Première, c’est le chapitre sur les démocraties aussi qui a été le levier pour aborder le sujet.
Comment s’est construit votre travail ?
Je suis partie d’un nuage d’idées mises en commun avec les élèves de la classe par petits groupes sur leurs représentations de la peine de mort et les élèves ont mobilisé eux-mêmes des pistes de réflexion liées aux droits humains (erreur judiciaire, pardon, exécution…). Ensuite, j’ai utilisé divers outils historiques, littéraires, juridiques, d’autres plus pragmatiques afin que les élèves prennent conscience de la réalité de la peine de mort et de la torture qu’elle représente.
Que vous a apporté la présence d’un témoin ?
En Terminale la plupart ont une grande maturité et un discours très clair contre la peine de mort. Par contre, en Première, on fait face à plus de préjugés et à une loi du Talion chevillée au corps.
La présence de Mohamed Mkhaitir fut fondamentale car comme toujours cette parole « qui revient de » fait autorité et déséquilibre les arguments qui demeurent en faveur de la peine de mort. Quand les élèves se rendent compte que l’accusation ne tient à rien ou qu’elle est erronée (Curtis Mc Carthy), l’empathie fonctionne et les élèves s’imaginent à la place du condamné. Cela complète très bien la préparation initiale en classe.
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